Des citoyens aux seigneurs

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Titre : Des citoyens aux seigneurs
Auteur(s) : Ellen Meiksins Wood
Résumé Court : Des citoyens aux seigneurs.jpg

-> <<"La meilleure façon de mettre en lumière les limites des doctrines dominantes, c'est de connaître la tradition canonique et le contexte historique qui les ont vu naître". Suivant ce précepte, Des citoyens aux seigneurs relate l'histoire sociale de la pensée politique occidentale, de l'Antiquité au Moyen Age. Articulant son analyse autour de trois périodes (la cité grecque, l'Empire romain et le Moyen Age), Ellen Meiksins Wood mêle adroitement le commentaire de textes au récit, redonnant vie aux grandes figures de la philosophie politique. La grande thèse qui sous-tend l'ouvrage avance que la pensée politique est intrinsèquement liée à l'évolution historique de la relation entre l'Etat et la propriété privée. Cette relation est complexe : alors que l'Etat émerge du besoin des possédants d'être protégés, son avènement crée dans le même temps l'espace de sa propre contestation. La vie civique, traversée par cette tension, devient donc un lieu d'expression des conflits sociaux entre l'élite et les gens de peu. Pour Ellen Meiksins Wood, c'est de cette ambiguïté logée au coeur des institutions politiques que jaillit l'incroyable vitalité de la pensée politique occidentale.>> Biographie de l'auteur : Ellen Meiksins Wood a enseigné la science politique à l'Université York à Toronto. Elle est reconnue pour sa contribution aux études sur les origines agraires du capitalisme. Elle est l'auteure de nombreux ouvrages, dont The Retreat from Class (Verso), qui a reçu le Deutscher Prize, L'origine du capitalisme et L'empire du capital (Lux). - Source de la présentation : Amazon

-> <<E. Meiskins Wood entend construire une nouvelle histoire des idées politiques, qui prenne en compte les contextes économiques et sociaux au sein desquels elles se développent. Cette histoire montre comment la théorie politique depuis la Grèce ancienne a peu à peu exclu le peuple de la participation politique.>> Source : La vie des idées

-> <<« La meilleure façon de mettre en lumière les limites des doctrines dominantes, c’est de connaître la tradition canonique et le contexte historique qui les ont vu naître.? » Suivant ce précepte, Des citoyens aux seigneurs relate l’histoire sociale de la pensée politique occidentale, de l’Antiquité au Moyen Âge. Articulant son analyse autour de trois périodes (la cité grecque, l’Empire romain et le Moyen Âge), Ellen Meiksins Wood mêle adroitement le commentaire de textes au récit, redonnant vie aux grandes figures de la philosophie politique.

La grande thèse qui sous-tend l’ouvrage avance que la pensée politique est intrinsèquement liée à l’évolution historique de la relation entre l’État et la propriété privée. Cette relation est complexe ? : alors que l’État émerge du besoin des possédants d’être protégés, son avènement crée dans le même temps l’espace de sa propre contestation. La vie civique, traversée par cette tension, devient donc un lieu d’expression des conflits sociaux entre l’élite et les gens de peu. Pour Ellen Meiksins Wood, c’est de cette ambiguïté logée au cœur des institutions politiques que jaillit l’incroyable vitalité de la pensée ­politique occidentale.>> Source : Lekti-écriture

  • "Une histoire matérialiste de la théorie politique

Si la séparation entre l’économie et la politique est surtout un phénomène propre à la société moderne capitaliste, il n’est pas moins intéressant de constater qu’il existe, au sein de la théorie politique occidentale, une longue tradition qui, depuis les stoïciens déjà, a tenté de distinguer ces deux champs, en réconciliant l’égalité naturelle de tous les hommes avec une inégalité économique et sociale rationnellement justifiée.

Telle est la thèse de Des citoyens aux seigneurs, que l’historienne marxiste Ellen Meiksins Wood soutient à propos de la formation de la pensée politique occidentale. Assez méconnue en France, l’œuvre d’E. Meiksins Wood a été partiellement traduite en français aux éditions québécoises Lux. Cet ouvrage est le premier volume d’une grande histoire sociale des théories politiques de longue durée, de l’Antiquité à la modernité [1]. À l’origine conçu avec son époux Neal Wood (avec qui elle a écrit deux autres livres), depuis décédé, cet ambitieux projet trouve ici un point d’aboutissement.

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La démocratie : un trauma fécond dans l’histoire de la pensée politique

Une autre circonstance, contingente mais de grande portée, occupe tout le début des Citoyens aux seigneurs : les innovations démocratiques majeures de l’Athènes solonienne qui aboutirent à l’intégration des paysans dans la citoyenneté, donc à une suppression de la disjonction traditionnelle entre travail et participation politique. Celle-ci suscita un double effet durable qui sera la marque des sociétés occidentales et de leur production d’idées politiques. D’une part, l’apparition d’une triade d’agents politiques : les travailleurs, les possédants, l’État, dont les deux derniers vont lutter en permanence pour l’accès au pouvoir et au droit d’appropriation des richesses – et ce jusque dans la modernité capitaliste. D’autre part, l’expérience de cette démocratie grecque populaire et sociale, où le lieu du pouvoir politique a été dissocié de celui de la richesse, constitua le trauma qui incitera des générations de théoriciens politiques (appartenant, bien sûr, aux classes possédantes) à élaborer des arguments permettant d’écarter le peuple de la participation politique, éventuellement en y incorporant diverses thèses « démocratiques » sur l’égalité naturelle de tous les hommes. Et c’est à partir des variations des rapports entre les agents de cette triade qu’on peut comprendre la signification et l’intention politique des termes abstraits comme république, liberté, représentation, égalité et leurs profondes mutations contextuelles correspondantes – sans que cet ancrage socio-historique amoindrisse en rien leur valeur pour la pensée philosophique.

Entre la fin de l’époque mycénienne et le siècle d’Ockham, se succède une pluralité de formes sociales et de configurations idéologiques. Avec l’éclosion de la démocratie solonienne (qu’E. Meiksins Wood tient pour supérieure à la démocratie libérale moderne), les classes traditionnellement dirigeantes se voient obligées de développer un nouveau dispositif de combat sous la forme de théories antipopulaires, pour dévaluer la capacité politique des travailleurs ; ou encore pour opposer, comme le fait Platon, l’universalité des vérités intellectuelles ésotériques partagées par les élites au relativisme démocratique d’un Protagoras. En forgeant une correspondance entre la division politique du travail et la hiérarchie du sensible et l’intelligible, et donc un principe naturel d’inégalité, Platon ne peut être réduit purement et simplement à sa position de classe (un représentant quelconque des intérêts de l’aristocratie) et à son hostilité aux pratiques de la polis, mais il intègre par un détournement conservateur, et anti-démotique le principe de la citoyenneté, converti en division hiérarchique entre les citoyens capables de pratiquer l’art de la politique et ceux qui sont voués aux occupations ménagères ordinaires. Tandis qu’Aristote, en partageant le même type d’engagement politique que Platon, produit un autre contenu théorique – ce qui prouverait aussi l’autonomie relative de la pensée par rapport à son contexte socio-politique. Dès lors, toute une série de stratégies idéologiques destinées à contourner, minorer ou neutraliser la participation politique du peuple et à renforcer le pouvoir des possédants, sans abandonner complètement l’héritage de la polis, furent déployées aux cours de l’Antiquité hellénistique puis romaine : le cosmopolitisme pragmatique d’Alexandre, subtile manière de neutraliser la citoyenneté en la rendant universelle et vide ; l’accommodation des stoïciens romains avec le conservatisme politique de leur public aristocratique, tout en sacrifiant le monisme philosophique anti-platonicien et universaliste du premier âge du stoïcisme grec ; les innovations juridiques romaines qui distinguent le dominium et l’imperium et façonnent le concept de propriété privée exclusive. Le christianisme des premiers siècles conforta également l’abandon de la voie« grecque » démocratique pour justifier, sous la plume de saint Paul, la cohabitation du pouvoir politique et religieux et la défense de l’ordre social impérial ; ou plus tard, sous celle de saint Augustin, la soumission politique en invoquant la nature pécheresse de l’humanité post-adamique. Et c’est en cela que Rome est, beaucoup plus qu’Athènes, l’aïeule de la modernité occidentale, malgré les textes politiques canoniques peu nombreux qu’elle a laissés.

La soumission de l’État romain aux intérêts des grands propriétaires terriens, qui en firent l’instrument de leur enrichissement, fut le germe du futur morcellement féodal des pouvoirs et des juridictions de l’empire occidental après Charlemagne. Car la « fragmentation de la souveraineté » (l’expression appartient à Perry Anderson [4]), jointe à la « propriété politiquement constituée » héritée du droit romain de la propriété privée (Brenner [5]), sont les éléments constitutifs de ce « féodalisme » qui se décline différemment en Angleterre et en France. La constellation de noyaux d’autorité politique jointe au pouvoir économique, où les suzerains-propriétaires extorquent directement le surproduit de leurs paysans, sans aucune contribution de la part d’un État centralisé, est la forme sociale qui résulte d’une transformation interne de la société post-impériale. C’est cette fragmentation de l’autorité qui vivifie la pensée politique médiévale, préoccupée avant tout d’identifier le lieu du pouvoir, en l’absence de toute communauté civile ; et ce sont ces variations régionales spécifiques qui expliquent tant les différents enjeux et problématiques entre des théories comme celle de Thomas d’Aquin, Marsile de Padoue ou Ockham, élaborées dans des contextes politiques distincts, que les dissemblances entre, par exemple, les penchants corporatistes des continentaux et les propensions des insulaires pour un individualisme politique. ... "

Voir le texte complet : - de Veronica Lazăr du 7 juillet 2014

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